| Réalisateur: | Douglas Sirk |
|---|---|
| Année: | 1955 |
| Acteurs: |
Jane Wyman |
| Genres: |
Drame |
Synopsis:
À venir...
| Excellent | ![]() |
| Très bon | ![]() |
| Bon | ![]() |
| Acceptable | ![]() |
| Moyen | ![]() |
| Pas bon | ![]() |
Critiques affichées: 1 à 6 sur 6 trouvée(s)
< Précédentes | Suivantes >
Par Knight il y a 6 mois et 1 semaines
vu en anglais, version restaurée
Par LucyInTheSky il y a 1 ans et 10 mois
vu en anglais, version originale
Tout ce que le ciel permet est la seconde collaboration de Douglas Sirk avec le couple Jane Wyman/Rock Hudson, après Le secret magnifique. Le cinéaste allemand y raconte les amours d'une bourgeoise veuve (Jane Wyman) et de son jardinier plus jeune et plus pauvre qu'elle (Rock Hudson). Leur différence d’âge et de rang social va les empêcher de vivre leur amour, en raison du jugement d’autrui.
Le film, lyrique, épouse les états d'âme de son héroïne Carey, qui oscille entre moments de bonheur intense et moments de souffrance et d'angoisse. Sirk joue sur des oppositions qui seront éléments perturbateurs dans le récit (ville/campagne, parents/enfants, bourgeoisie/population modeste, individu/société, amour/haine). Tout ce que le ciel permet, en bon mélodrame, se caractérise également par la menace constante d'une fin malheureuse. En effet, la crainte du spectateur que le couple se sépare et cède à la pression conformiste du groupe est permanente, et ce jusqu'à la dernière scène. La mise en scène brillante de Sirk suit les mouvements « ascendants » et « descendants » de l'intrigue et provoque l'identification à l'héroïne. Les sentiments sont exacerbés : fulgurance de l'amour des deux personnages, puis rejet de l'entourage de Carey. Tout est baroque : on retrouve une utilisation typiquement sirkienne de couleurs très symboliques. Le cinéaste utilise des tons chauds, des couleurs outrancières, contrastées et presque surréelles, rehaussées par le Technicolor flamboyant de son fidèle collaborateur Russell Metty.
Cependant; aucun moment le film ne se conforme aux clichés concernant le mélodrame, à savoir l'aspect « larmoyant », l'incohérence de l'intrigue, le manichéisme, l'avalanche de malheurs... Tout ce que le ciel permet s'inscrit au contraire dans un réalisme social tout à fait pertinent. C'est un film moins jusqu'au-boutiste dans le traitement mélodramatique que certains autres films de Sirk comme Le mirage de la vie (on se souvient de son bouleversant final en grandes pompes). On ne repère pas de véritable climax émotionnel, à l'exception peut-être de l'ultime scène en forme de réconciliation. La saveur des films de Sirk se retrouve par contre dans l'ironie constante (dénuée cependant de condescendance) dont le cinéaste fait preuve. Ironie non vis-à-vis du genre lui-même (les codes du mélodrame sont utilisés au contraire avec tout le premier degré possible) ni des personnages, mais vis-à-vis du monde et des situations qu'il donne à voir. Son regard sur la société est dénué de toute naïveté et génère une critique sociale acérée. L'hypocrisie bourgeoise est ici dénoncée avec virulence.
Tout ce que le ciel permet s'avère une étude profonde et subtile de la condition de la femme dans l'Amérique des années 1950. Les faits et gestes de Carey, l'héroïne du film, sont scrutés par son entourage, familles et amis ; on attend d'elle qu'elle se conforme au rôle attendu d'une jeune bourgeoise veuve. Selon la convenance, elle devrait rester chez elle (devant la télévision, par exemple) ou épouser un sosie de son époux décédé. Ses enfants ultra conformistes lui font bien comprendre la chose, même si de manière partiellement inconsciente, lorsqu'ils lui font offrir un poste de télévision. Dans cette scène étonnante, le vendeur lui vante les mérites de son nouveau téléviseur qui lui donnera prétendument accès au monde (« toute la parade de la vie à la portée de vos doigts »). Or, l'on voit soudain se refléter dans l'écran éteint de l'appareil, le visage triste de Carey. L'écran est comme un miroir révélateur de l'âme de l'héroïne mais aussi de son image faussée par les conventions sociales. Pour elle et pour son amant Ron, la télévision représente au contraire le retrait du monde, le refus de la nature, le conformisme, l'ennui.
Sirk oppose la ville, lieu d'hypocrisie et d'intolérance, à la campagne où règnent la nature et son corollaire humain, la sincérité. Dans Tout ce que le ciel permet, Sirk fait montre d'un grand romantisme, lié à éloge de la vie en communion avec la nature et de l'authenticité. Ron vit simplement dans une maison modeste. Il rejette la vie policé de la bourgeoisie pleine de préjugés, ne s'intéresse ni à sa richesse ni à sa réputation. Il vit en harmonie avec la nature, sur le modèle de Walden, le livre de Henry David Thoreau (auquel il est fait allusion dans le film). La solitude de Carey, son rejet par la « bonne société », l'égoïsme et l'ingratitude dont font preuve ses enfants : tout concourt à créer autour d'elle une tension cruelle et impitoyable, ce à quoi la tranquillité du domaine sauvage de Ron et de son mode de vie apaisé apporte un contraste saisissant. Carey « renaît » au contact d'une nature sans cesse magnifiée par la mise en scène de Sirk. La neige est immaculée, les feuilles d'automne dorées... Le film rend éclatantes les couleurs naturelles et nous rappelle sans cesse la puissance de la nature.
Tout ce que le ciel permet n’est pas le mélodrame le plus bouleversant de Douglas Sirk, mais certainement l’un de ses plus ouvertement critiques. Cependant, malgré sa constante ironie, Sirk croit en la possibilité de l’amour de Cary et Ron au-delà des conventions sociales et des jugements bourgeois. La mise en scène d'un tel espoir, c'est bien tout ce que le cinéma permet.
Par NicoMyers il y a 2 ans et 6 mois
vu en anglais
Plus que sur les sentiments intérieurs, Tout ce que le ciel permet insiste sur le point de vue que la société porte à l'amour des deux héros. Pour Cary, toute la question est de savoir si elle doit ou non quitter le cocon protecteur de sa vie monotone mais bien réglée pour affronter la violence soudaine - la violence est soudaine, par définition - des habitants de sa bourgade, ainsi que celle de ses enfants. Par la même occasion, Sirk nous parle de la difficulté de faire des choix, avec ce personnage finalement sartrien qu'est Ron Kirby, le jardinier jouer par Rock Hudson : nous ne sommes que la somme de nos actes, il faut alors assumer nos décisions et les prendres seuls, "en homme". Tout ce que le ciel permet livre aussi un magnifique portrait de femme, une femme arrivée à l'âge de changer de vie, tiraillée entre son amant et ses enfants pas encore complètement adultes ni indépendants. Très ancrée dans ses valeurs par simple habitude, respectueuse d'une certaine morale et de la mémoire de son mari, elle est à la fois effrayée de quitter ce carcan et angoissée de rater l'amour de sa vie, et de finir par la même occasion vieille fille cloîtrée dans sa maison, s'ennuyant devant son poste de télévision. Sirk dénoue le dilemme par un évenement extérieur, un aléas du quotidien, ce qu'il faisait déjà dès La fille du marais, son deuxième long-métrage de 1935 et dans lequel un meurtre commis par un inconnu venait élucider le triangle amoureux.
On ne peut oublier de mentionner que, pour mettre en scène ces turpitudes amoureuses, Sirk réalise un travail d'esthète impressionant, que ce soit par le choix des cadres et des décors, des déplacements des personnages, et, évidemment, le travail sur les couleurs. Rock Hudson nous est très sympathique, mais Jane Wyman sidérante le surpasse et lui vole presque la vedette - ce qui n'empêche le duo d'offrir une symbiose parfaite. Le tout porté par un thème musical parfaitement mélancolique, et on ne peut définir Tout ce que le ciel permet que par le mot chef d'oeuvre - ou bien le définir par l'adjectif magistral, comme vous voudrez.
Par variation il y a 2 ans et 6 mois
vu en anglais
Je l'attendais ce revirement, ce moment où tout bascule, là où l'on s'écrie: "C'est pas vrai, il a osé".
Ici, le spectacle est plus intérieur comme la musique moins spectaculaire, plus douce, berçante.
C'est la gestation d'un amour, la maturité qui pointe son nez quelque soit l'âge.
Le couple Hudson/Wyman me fait un drôle d'effet. Surtout Jane Wyman, je pense. Je ne parviens pas à la trouver sympathique, je n'accroche pas à son physique, du coup, je dois redoubler d'effort pour apprécier son jeu.
J'y étais parvenu avec "Magnificent Obsession". Ici, ce n'est pas le cas.
Un bon film mais qui ne m'a pas transporté plus que ça!
Par JM2L il y a 2 ans et 10 mois
vu en anglais, version originale
Sirk exporte le drame intérieur (tensions, transports de l'âme, désirs, etc...) dans le décor et les extérieurs, le transcrit en mise en scène, le convertit en couleurs et, s'il le faut, en tire des symboles ou y fait appel...
Il faut noter que jamais sa force (mélo)dramatique ne s'appuie sur une surenchère du jeu d'acteur mais, bien au contraire, sur une retenue qui laisse place le moment venu à des émotions plus fortes, celles du spectateur ou des nœuds dont se tendra l'intrigue... de même que le pianissimo en musique donne toute sa force au fortissimo (une leçon de contraste...).
"Sois sûr d'avoir épuisé tout ce qui se communique par le silence et l'immobilité", écrivait Bresson et on retrouve paradoxalement cette leçon chez Sirk, cinéaste apparemment à l'antithèse de Bresson...
La musique trouve parfois ici des accents schubertiens et se démarque à certains moments d'une utilisation habituelle à Hollywood.. en prenant presque la parole.
Sirk reprend un thème qui lui va à merveille, la lutte de l'amour pour se hisser au-dessus des préjugés, l'effort de l'individu pour s'offrir sa liberté (elle n'est jamais donnée à l'avance dans le cinéma de cette époque mais s'acquiert...) et celui aussi du deuil à faire, du veuvage (toute cela d'une grande et simple justesse).
Le cinéaste s'intéresse comme d'habitude uniquement à la victoire sur soi et laisse celle sur les autres à d'autres.
Par Alligator il y a 4 ans et 2 mois
vu en anglais, version restaurée
Superbe! Flamboyance du technicolor! Grand spectacle de couleurs, entre ombres bleutées et lueurs rougeâtres, véritable kaléidoscope jouant les tourments sentimentaux, les affres et douleurs du qu'en-dira-t-on, de la perte de repères sociaux, du sacrifice sans récompense ni raison, de l'être aimé qui s'éloigne, du déchirement, mais aussi l'amour qui éclot, l'embrasement d'une nouvelle idylle, de l'envie et du plaisir de voir dans l'oeil de l'autre un sourire, du bonheur.
Sirk joue à merveille de toute cette palette pour donner la partition d'un concert du sentiment. Peu de gros plans, le théâtre joue ce soir, comme cet écran de télévision qui reflète sous nos yeux et ceux de Cary le jeu des émotions, de la comédie, du drame, toutes les facettes de l'humanité dans le tourbillon des passions.
Ce qui touche le plus c'est cette faculté de la mise en scène à trascender une histoire somme toute ordinaire en quelque spectacle grandiose. Ce sont de petites gens, une petite société, une petite famille, un petit village, un petit monde, l'amour nait petitement, simplement et cette histoire assez commune prend un souffle grandiose. La forme, oui, prend une grande part mais pas seulement, il existe quelque tour ou passe-passe magique du metteur en scène qui propulse cet ordinaire sur une grande échelle, élève le commun au grandiose, la simplicité sur un piédestal. Sans doute la lente et délicate attention portée aux personnages, la progression patiente de leurs sentiments, la sournoise montée des périls dans le même temps, paisible, fausse quiété, tout ce temps pris pour connaître, apprécier, entrer en empathie, enchaîner notre propre ressenti à celui des personnages. Il y a sans aucun doute également un savant dosage de jugements et de caractérisation des personnages et par conséquent une obligatoire identification du spectateur, devant les manipulations perverses ou égocentriques de l'entourage. Tout une machine de l'émotion s'empare du spectateur, isolé, ne pouvant rester insensible. Pas étonnant effectivement qu'Almodovar, Haynes ou Fassbinger aient été inspirés. Un cinéma du ressenti, du ventre avant d'être de la cervelle.
J'ai particulièrement été séduit par la musique également que j'ai cru reconnaître, alors que c'est vraiment la première fois que je vois ce film.
Je retiendrais davantage encore les dialogues ainsi que les effets de mise en scène l'écran de télé ou la cruche sont de ceux-là parmi tant d'autres plus subtils les uns que les autres et qui sont le signature d'un grand film.
< Précédentes | Suivantes >
Connectez-vous pour coter ce film.
© 2011 Denis Lafrenière | Tous droits réservés.
