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A Letter to Three Wives
alias : Chaînes conjugales
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Critiques des usagers
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Critique(s) 1 à 3 sur 3 trouvée(s)
variation : 9/10 pour la version vue en anglais
(2009-08-21 : il y a 7 mois)_______________
Il y a chez Mankiewicz une addition de petits détails qui au final fait la différence.
En tissant le portrait d'une Amérique dans sa diversité (trois couples amis mais complètement opposés), Mankiewicz verse dans le caustique mais non sans humour (c'est parfois bête mais terriblement efficace comme ce baiser échangé alors que tout tremble dans la maison au passage du train).
Un film sur le quotidien assez proche de nous finalement. |
Alligator : 8.5/10 pour la version vue en anglais
(2008-12-09 : il y a 1 ans)_______________
Je retrouve ici la délicieuse écriture de Mankiewicz. J'ai revu récemment l'extraordinaire All about Eve, somptueux bijou de subtilités et de dialogues sertis sur des comédiens hors-pair.
Dans ce film-ci, Mankiewicz se tourne vers le drame conjugal avec moins d'humour vachard et ironique ou du moins en l'affrontant de manière beaucoup moins directe. Le personnage joué par Kirk Douglas, frais et gai, a tout de même le verbe haut et la dentition dure pour la molle et fade engeance publicitaire (le discours du professeur sans le sou sur la mièvrerie des médias est on ne peut plus d'actualité encore et d'une puissance bien sentie).
Mais mis à part cet épisode, le film se révèle beaucoup plus doux dans sa manière d'aborder ses Desperate housewives. Dans leurs troubles angoisses, le cinéaste ne les laisse pas s'enfoncer cruellement. Point de moquerie violente. Certes, Mankiewicz s'attaque ici aux hypocrisies sociales, à l'image du couple parfait, à ce qu'il est de bon ton de faire et surtout de paraitre. Et le personnage central que l'on ne voit jamais mais qui règne en maitre du jeu, cette Addie Ross figure l'aiguillon, le prétexte à nous immiscer dans l'introspection de ces trois femmes.
La première épouse doute d'elle même, de son intégration dans la petite ville en faisant le lien entre la société et son couple lui même.
Le deuxième (jouée par une Ann Sothern que je ne connaissais pas et qui m'a emballé) souffre de sa position sociale plus élevée que celle de son mari (Kirk Douglas). Ce couple permet à Mankiewicz de ridiculiser les arriérés sous-entendus sociaux et culturels qui pèsent sur les couples, les différentiels pesants, la place de la femme par rapport à son mari etc.
Le troisième couple donne à Linda Darnell un rôle très dense et émouvant, d'une femme qui épouse un porte-monnaie. Les deux mariés sont si conscients que leur mariage ressemble à un marché, qu'ils se convainquent d'en être les dupes réciproques. Lui est surtout persuadé qu'elle l'a mené là par le petit bout de la quéquette. Mankiewicz en profite, le coquin, à dépeindre frontalement en fin de compte un parfait exemple de prostitution conjugale, à laquelle la société incite insidieusement à certains égards.
Mais le regard de Mankiewicz n'est pas du tout noir, malgré tous les éléments corrosifs du scénario. Il parvient à donner une distance, un recul remarquable à son propos. Sur le fil du rasoir et du pathos, il se débrouille pour tisser une comédie romantique anticonformiste, un film très agréable à suivre et en même temps plein de sagesse et de clins d'oeil finauds |
LucyInTheSky : 9.5/10 pour la version originale vue en anglais
(2008-10-28 : il y a 1 ans)_______________
Dès les premiers instants, le sixième film de Joseph L. Mankiewicz se place sous les auspices de l'ironie et de la causticité : une voix off se fait entendre, celle d'Addie Ross, une amie commune des trois héroïnes, l'objet de toutes les envies. Elle commente leurs faits et gestes avec une insolence certaine. Un peu plus tard, les trois femmes reçoivent une lettre : Addie est partie avec l'un de leurs maris. Chacune d'elle s'interroge alors : est-ce le mien ? Et c'est l'occasion de trois longs flash backs analysant les rapports de ces trois couples. On ne verra jamais le visage d'Addie Ross. Elle est invisible, insaisissable, manipulatrice, toute-puissante, totalement libre. En fait, elle est le metteur en scène de cette histoire.
Chaînes conjugales possède un aspect de roman photo, voir de soap opéra avant l'heure : intérêt majeur pour les personnages féminins, décors de banlieue aisée, chronique des tragédies du quotidien et même voix off d'un personnage absent... Mais c'est Desperate Housewives ! Chaînes conjugales est bien une peinture sociale satirique et parfois cruelle des quartiers bourgeois d'une petite ville américaine. Il y a dans ce film une forme de féminisme, avec l'idée forte qu'il est plus difficile pour une femme que pour un homme de trouver sa place dans la société actuelle ; et Mankiewicz fait preuve d'une très grande modernité dans les thématiques qu'il aborde : la place de l'argent dans le mariage, les rapports de classe parfois difficiles dans le couple, le travail des femmes... On trouve aussi, déjà, une attaque violente des médias et de la publicité imbéciles (par l'intermédiaire du personnage de Kirk Douglas, formidable).
Le plaisir que prend Mankiewicz à observer à distance les comportements étranges de ses personnages est palpable. Aucun mépris, cependant, à leur égard. Les défauts de l'humain et, davantage, de la société sont décrits avec compassion et tendresse. Les trois portraits de couple sont passionnants, chacun d'eux poussant un peu plus loin l'intensité dramatique. Le premier (Jeanne Crain et Jeffrey Lynn) est le plus drôle, illustrant les difficultés d'adaptation d'une femme venue de la campagne à la société bourgeoise à laquelle appartient son mari. On y retrouve ces scènes d'humiliation en société qui sont une récurrence chez Mankiewicz. Dans le second, Kirk Douglas et Ann Sothern sont le couple le plus moderne : elle travaille pour la radio, il est un intellectuel très critique à l'égard de ces pratiques. Le troisième portrait (Linda Darnell et Paul Douglas) est d'une tristesse frappante : la femme cherche à s'élever dans la société par le mariage, et cet intéressement laissera un goût amer dans les futurs rapports de couple.
Le suspense quant à la fuite d'Addie Ross est préservé jusqu'au bout. Le film s'achève sur une sorte de happy end empli d'une certaine amertume : rien ne change réellement, et les échappatoires dans cette société étriquée sont rares même si on en a croisé quelques uns durant le film : la musique, la littérature, l'humour et même, parfois, l'amour. |
Critique(s) 1 à 3 sur 3 trouvée(s)
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