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Amour existe, L'

Réalisateur:

Maurice Pialat

Année:

1960

Acteurs:

Genres:

Court-métrage
Documentaire

Synopsis:

À venir...

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Cotes et critiques

Critiques affichées: 1 à 1 sur 1 trouvée(s)

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7
3 avr
2010

Par LucyInTheSky il y a 1 ans et 10 mois
vu en français, version originale
L'amour existe de Maurice Pialat est en un sens, le premier film de banlieue de l'histoire du cinéma français. Il s'agit d'un court-métrage documentaire datant de 1960 qui donne à voir les décors et les existences mornes et tristes de la banlieue parisienne. À cette période, la Nouvelle Vague florissante jette son dévolu sur le quotidien de jeunes parisiens de la classe moyenne ; Pialat, lui, s'exile en périphérie et livre un film édifiant sur les conditions de vie d'une grande partie de la population française.

De la banlieue, nous n'aurons que des images. Peu de sons - après les bruits de la ville entendus dans les deux première minutes, un accompagnement musical prend le relai -, pas de parole donnée aux protagonistes. Pialat s'attarde sur les gestes quotidiens, les attitudes répétitives, les corps engoncés dans la routine. Il ne cherche à pas à esthétiser la misère, mais au contraire à la restituer dans sa dureté. Dans l'ensemble, peu de gens sont présents à l'écran, la caméra s'attardant davantage sur le paysage urbain, l'environnement, les décors. Quelques scènes s'invitent à l'intérieur des maisons : là encore, c'est la régularité, la fixité des existences qui prévaut. On observe les gens immobiles, posant pour la caméra, ou encore les gestes domestiques les plus ternes ternes qui soient. Tout au long du film, c'est la voix-off de Jean-Loup Reynold qui impose sa suprématie, chargée qu'elle est à la fois d'une poésie sèche et d'un discours critique particulièrement intelligent. Celle-ci apparaît au bout de deux minutes de film, d'abord personnelle (« Longtemps j’ai habité la banlieue... ») puis de plus en plus universelle.

Le titre étonne et détonne lorsqu'on constate le pessimisme implacable du film, notamment quand la voix-off énumère des statistiques accablantes : « Nombre de microbes respirés dans un mètre cube d’air par une vendeuse de grands magasins : 4 millions / Nombre de frappes tapées dans une année par une dactylo : 15 millions / Déficit en terrain de jeux, en terrain de sport :75% / Déficit en jardin d’enfant : 99% / Nombre de lycées dans les communes de la Seine : 9. Dans Paris : 29 / Fils d’ouvriers à l’Université : 3%. A l’Université de Paris : 1,5% / Fils d’ouvriers à l’école de médecine : 0,9%./ À la Faculté de lettres : 0,2% / Théâtre en-dehors de Paris : 0. Salle de concert : 0 ». L'amour existe est en partie un pamphlet politique contre une société que le cinéaste déteste manifestement, mais il est aussi un véritable regard de cinéma porté sur la réalité du monde.

Bien plus qu'à opérer une démonstration de type sociologique, Pialat cherche à saisir la réalité d'une époque, à offrir au regard du spectateur un monde banal mais par trop étranger. Il fait du cinéma un acte de saisissement et de conservation du réel : « La mémoire et les films se remplissent d’objets qu’on ne pourra plus jamais appréhender. ». Pialat cherche à restituer le réel et non à le plier à une quelconque idéologie. Le cinéaste n'utilise pas l'art comme prétexte pour « faire du social » ; à l'inverse c'est par le cinéma lui-même que son discours – toujours tranchant mais jamais asséné - est rendu d'autant plus puissant : la société de consommation, le culte du travail, l'aliénation, la pauvreté, le déterminisme social, la mécanisation du quotidien sont dénoncés avec virulence. C'est la beauté abrupte du film qui lui donne son pouvoir de subversion.

Le film s'achève sur une image qui illustre toute l'ambiguïté et la subtilité du propos : une statue victorieuse, vu sous un autre point de vue, devient une main tendue, un appel au secours. « La main de la gloire qui ordonne et dirige, elle aussi peut implorer. Un simple changement d’angle y suffit. ». C'est dire que Pialat s'interroge sans cesse sur la question du point de vue. Si son regard implacable d'entomologue fataliste ne manque pas de déranger, il n'en reste pas moins un discours puissant et intègre, ainsi qu'un regard précieux porté sur une réalité trop souvent ignorée.

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