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Adieu Philippine

 

Détails IMDB

Tous 8.75/10 (2)

Année : 1962

Ce film est classé dans 0% des Top 10
0/216

Réalisateur : Jacques Rozier
Genres : Drame
Acteurs : Jean-Claude Aimini
Daniel Descamps
Stefania Sabatini
Yveline Céry

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Masculin, féminin (Jean-Luc Godard,1966) 
Critiques des usagers

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Critique(s) 1 à 2 sur 2 trouvée(s)

JM2L : 10/10
pour la version originale vue en français
(2010-03-12 : il y a 6 jours)
_______________

Avec A bout de Souffle (et les films de Godard en général), Adieu Philippine! est en fait un des rares films qui méritent le terme de Nouvelle Vague ou, d'un point de vue stylistique en tout cas, tiennent les promesses de cette génération dont la caméra stylo d'Astruc pourrait être considérée comme le point de départ théorique et la petite caméra légère comme le point technique. Adieu Philippine, plus encore même que ce que l'on pouvait imaginer - une œuvre d'art est toujours inattendue - se tient à la fois sur cette ligne mais dans une optique souple qui est celle de "simplement" donner au cinéma toutes les potentialités que l'époque lui donne et d'élargir les manières de raconter ainsi que de transmettre une réalité.
C'est aussi un des rares films où les personnages ne sont ni des bourgeois ni des ouvriers à proprement parler mais de cette classe moyenne qui est en train de naître avec le boum économique et dont jusqu'alors peu s'étaient soucié ou que peu même avait simplement vu arriver. Des gens simples avec des désirs simples et dont Rozier tire toute une poésie, tout un univers.
Adieu Philippine, comme le furent A Bout de Souffle donc et plus encore peut-être Pierrot le Fou, est une véritable libération stylistique et "tonale" (nouveaux types de personnages, nouvelle approche descriptive) qui passe allégrement d'une couleur à une autre tout au long de son périple narratif : comédies, évocation de la guerre d'Algérie, quiproquos boulevardiers, blagues de potaches ou sensations fines, romance, etc... Le film doit beaucoup à la télévision aussi et à ses techniques de tournage - il y rend également hommage - ce qui est plutôt inhabituel pour l'époque, la télé étant alors considéré plutôt de haut par le cinéma (aujourd'hui encore d'ailleurs mais elle l'a peut-être bien mérité). La télévision qui se cherche un langage cependant: Averty ou des dramatiques en direct.
Cette jubilation créatrice n'a d'équivalent peut-être que dans le Huit et Demi de Fellini, qui, certes sera mieux maîtrisé et plus reconnu (l'esprit de sérieux étant encore préféré à la légéreté de nos jours).
Chant d'amour pour la vie quotidienne, pour la beauté de ces jeunes filles et de la jeunesse insouciante même devant la menace, d'une proximité et d'une complicité rares avec ses propres héros, Adieu Philippine reste un film unique comme ce plan sur notre midinette et son beau désir désespéré dansant face à la caméra en une confidence au spectateur muette et émouvante : qu'y a-t-il alors au monde de plus grave que cela? Même pas la Guerre d'Algérie?

[De mémoire]
_______________

Histoire / Déroulement
    
Textes / Dialogues
    
Interprétation / Acteurs
    
Montage / Rythme
    

LucyInTheSky : 7.5/10
pour la version originale vue en français
(2009-01-09 : il y a 1 ans)
_______________

Adieu Philippine, comme son auteur Jacques Rozier, est assez méconnu, alors même qu'il est à l'évidence extrêmement représentatif du style Nouvelle Vague : intérêt pour la jeunesse, spontanéité du projet, tournage en extérieurs réels, désir contagieux de liberté. Incroyablement typique du mouvement, le film évoque très souvent d'autres films plus célèbres de la Nouvelle Vague... sauf qu'il les a tous précédés.

J'ai notamment pensé à plusieurs reprises à Masculin Féminin de Godard (1966), film que j'affectionne particulièrement pour son charme inénarrable. On y retrouve les mêmes considérations sur la jeunesse d'une époque, ses petits tourments (les amourettes) et ses grands questionnements (la guerre et les luttes sociales), les mêmes dialogues drôles et naturels, les mêmes ambiances de studio issues de la société du spectacle naissante (télévision pour Adieu..., chansons de variété pour Masculin...), les mêmes charmants clichés sur les filles (un peu bébêtes) et sur les garçons (très frimeurs).

Adieu Philippine marque toutefois sa différence en ce qu'il ne reste urbain que dans sa première moitié, avant de s'accorder des vacances, si l'on peut dire : appelé à partir à la guerre d'Algérie, le protagoniste quitte son boulot et s'octroie quelques jours de repos et de plaisir en Corse en compagnie de deux copines. Un schéma caractéristique, voire annonciateur, du fort désir d'émancipation existant dans la jeunesse occidentale au cœur des années 60. Les trois amis commencent par se rendre au Club Med avant de préférer le camping sauvage et les paysages naturels dans lesquels ils espèrent goûter à un bonheur plus pur. La liberté formelle de la mise en scène de Rozier s'épanouit dans le même temps.

Sur le plan sociologique, le film est également passionnant, non pas parce qu'il se présente comme une thèse mais justement parce qu'il tient sa vérité et sa force de la singularité de ses personnages, à l'exemple de ce moment en compagnie de la famille de Michel, jeune parisien issu des classes populaires. En sourdine, l'inquiétude latente d'une société française en pleine guerre. Comme dans les Parapluies des Cherbourg de Jacques Demy, l'Algérie, jamais présente à l'écran, fait planer sur le film une sorte de mélancolie diffuse qui rend précieux les instants de vie et de jeunesse dont profite les protagonistes. Le bonheur, l'amour et la liberté retentissent déjà de leur fin qui s'approche inexorablement... La fin douce-amère (le départ de Michel en bateau) est à ce titre d'une infinie pudeur.

Les acteurs tous amateurs (en particulier le très séduisant Jean-Claude Aimini) montrent une fraîcheur et un naturel qui font le prix de ce cinéma de l'instant, du mouvement, de la spontanéité, mais jamais dénué de profondeur. De la musique, de l'humour, de la vie, du temps qui passe, de la liberté. Du cinéma.

Critique(s) 1 à 2 sur 2 trouvée(s)

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