| Réalisateur: | Jacques Demy |
|---|---|
| Année: | 1982 |
| Acteurs: |
Dominique Sanda |
| Genres: |
Musical |
| Excellent | ![]() |
| Très bon | ![]() |
| Bon | ![]() |
| Acceptable | ![]() |
| Moyen | ![]() |
| Pas bon | ![]() |
Critiques affichées: 1 à 1 sur 1 trouvée(s)
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Par LucyInTheSky il y a 3 ans et 2 mois
vu en français, version originale
Datant de 1982, Une chambre en ville est manifestement une œuvre de la maturité pour Jacques Demy - il ne tournera avant sa mort en 1988 que deux autres films, Parking et Trois places pour le 26. L'idée du film remonte pourtant à ses débuts de cinéaste et lui fut inspiré par une grève des ouvriers nantais en 1955. C'est un quasi-opéra, un mélodrame musical amer, désespéré et hanté par la mort. On y retrouve la passion de Demy pour les décors de villes portuaires (ici Nantes, la ville où il a grandi), les couleurs à la symbolique forte, les portraits de gens mélancoliques marqués par leur histoire personnelle comme sociale.
Comme dans Les Parapluies de Cherbourg, le dialogue est intégralement chanté (« en chanté »), mais la musique de Michel Colombier est plus sombre que celle de Legrand. Les couleurs elles sont plus crues, et les sentiments plus violents. La dimension sociale prend une place prépondérante dans ce film ample et beau, qui met en parallèle le combat acharné de la grève et celui de l'amour, tous deux voués à l'échec et à la désillusion. Les flics cognent sur la foule qui chante « Police milice, flicaille racaille », et la grève résonne déjà de sa débâcle future. La passion amoureuse est tout aussi intense, brève et douloureuse, et elle se termine également dans le sang et les larmes.
Ce constat lucide et désespéré, le cinéaste le traduit en un indispensable mélo dont les deux héros sont des passionnés jusqu'au-boutistes. Les rôles principaux étaient prévu pour Catherine Deneuve et Gérard Depardieu, mais le projet échoua et ce furent le débutant Richard Berry et Dominique Sanda qui incarnèrent les deux personnages centraux : François, un ouvrier métallurgiste, et Edith, une jeune bourgeoise mal mariée (qui passe tout le film nue sous son manteau de vison !) sont les prisonniers de cette tragédie qui se déroule en quarante-huit heures à peine. Une tragédie au sens strict du terme, car la fatalité s'abat sur les amants, et rien ne peut faire dévier sa terrible trajectoire.
Toujours vive et vivifiante au milieu de ce carcan mortifère, la fluidité magique de la caméra de Demy capte chaque mouvement, chaque sentiment, chaque signe de vie chez ses personnages, tous meurtris par une douleur mystérieuse : Danielle Darrieux en veuve esseulée et alcoolique, et Michel Piccoli en mari malade de jalousie, sont assez stupéfiants. Parce qu'il va au bout d'une cruauté qui n'était jusque là que suggérée, Une chambre en ville éclaire d'une lumière étrange l'oeuvre de ce magnifique cinéaste qu'est Jacques Demy, oeuvre généralement tout aussi mélancolique, mais rarement aussi désespérée. Un grand film d'auteur puissant et bouleversant, injustement méconnu.
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